Ce que je m’apprête à révéler est contraire à la croyance populaire et soulèvera probablement bien des tabous, j’en suis pleinement conscient. Certains préféreront juger mes propos et en travestir le sens plutôt que de chercher à saisir l’essence de mon message car l’accepter équivaut à remettre en cause les bases du sacrement du mariage. Qu’à cela ne tienne puisqu’il m’importe de dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas afin qu’une fois pour toute, le vernis des conventions laisse place à une saine compréhension de ce qui est.
Les croyances ne sont en quelque sorte que des supports qui nous servent de balises vers la Vérité qui Elle, ne saurait s’appuyer sur de simples convictions. Les dévots croient, les Sages savent. Celui qui s’obstine à croire que l’union de deux êtres doit demeurer exclusif commet une grave erreur de jugement. Je vous le dis : il est tout aussi impensable de songer posséder la lune que de croire que l’on peut posséder une autre personne. Une âme n’appartient qu’à elle-même. Alors mesdames, vos maris ne vous appartiennent pas. Messieurs, vos conjointes ne vous appartiennent pas. Il faut admettre ce qui est, le mariage ne doit être considéré que comme un acte par lequel une union est établie entre deux êtres selon des lois établies par les hommes et non par Dieu. Et pour ceux qui préfèrent en faire une affaire de religion, je dirai qu’il n’y a pas de religion supérieure à la Vérité. Toute religion n’étant qu’un ensemble de croyances et de dogmes imposés par l’homme pour définir son rapport avec le sacré.
La seule union durable au-delà des limites terrestres est celle basée sur le véritable amour. C’est la seule union valable aux yeux du Très-Haut. Toute autre union n’étant qu’accords passagers et circonstanciels dont la dissolution n’en demeure pas moins l’issue finale et définitive. Et comme il n’existe pas deux sortes d’amours différents devant l’Éternel, il ne peut donc s’agir d’autre chose que du sentiment intense marqué par la sympathie et l’attirance dont l’ultime manifestation est l’Unité parfaite.
Du point de vue de l’homme moyen il est mal d’aimer quelqu’un d’autre que sa conjointe puisque l’amour ne saurait être qu’une combinaison de sympathie spirituelle et d’indifférence physique. Mais du point de vue spirituel, le mal n’est-il pas caractérisé par le manque d’amour ? Au risque de choquer le prude et le dévot, je dis qu’il n’y a rien d’inconvenant à entretenir des rapports intimes dans les relations d’amitié car ils constituent des éléments qui s’ajoutent au bonheur des personnes concernées et ne peuvent qu’édifier. Considérer inconvenant ce qui est noble c’est vivre un enfer préparé par soi-même. Il ne serait que pure vanité d’oser croire qu’il n’est jamais convenable pour son conjoint de s’attacher à quelqu’un d’autre qu’à soi-même. Et s’opposer à l’union de deux êtres afin de se préserver des médisances, c’est aussi de la vanité ; mais penser au bonheur de l’être aimé en lui permettant de vivre une aventure épanouissante, çà c’est de l’amour.
Laissez l’être aimé libre et il reviendra toujours à vous. Enchaînez-le, et vous n’obtiendrai de lui rien de plus qu’une enveloppe vide dont l’esprit est ailleurs. La possessivité et l’exclusivité de la relation à l’égard du mariage sont la cause de la plupart des infortunes conjugales.
Mes propos semble faire l’éloge du libertinage mais il n’en est rien. Les mœurs dissolus sont caractérisés par les abus et les dérèglements de toute sorte et sont le propre de l’égoïste dont l’apanage est la satisfaction des besoins et la recherche des plaisirs. Le véritable amour implique le don de soi et non la gratification des sens. Je n’ai rien contre les plaisirs passagers de la chair mais ceux-ci doivent passer en second plan. S’y attarder jusqu’à en faire un objet de centration étouffe à coup sûr la relation. Ne jamais cesser de donner sans rien demander en retour et accepter comme de précieuses offrandes ce qui nous est offert, voilà le secret d’une relation durable. Faire l’amour c’est se donner entièrement à l’autre et cela, bien peu l’ont compris, préférant dénaturer l’acte sexuel et le réduire à un vulgaire frottement de muqueuses.
Papillon
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